Faut-il dédramatiser ou entrer dans le drame de l’autre?

Prendre soin de soi, des autres et de la planète

Faut-il dédramatiser ou entrer dans le drame de l’autre?

Un déni collectif

Nous avons appris au fil du temps à ne plus écouter notre nature profonde. Le constat est que nous sommes dans un déni inconscient collectif de notre nature profonde. Et nous avons contrarié, tordu, contorsionné notre nature mammifère et humaine. Lorsqu’un oiseau sort de sa coquille, sa programmation génétique va lui faire adopter des comportements innés. Ainsi il va toquer sur sa coquille pour la briser, puis il va s’en extraire. Et tous ces comportements se font de manière naturelle puisque c’est inscrit dans le code génétique. Idem pour les tortues. Elles sortent de leur coquille et se lancent dans un sprint de plus 100 mètres jusqu’à la mer. Tout ça sans réfléchir, sans se poser de question, c’est inné. Il est inscrit dans nos gênes, dans l’histoire de notre espèce, que nous possédons des capacités cognitives mais surtout affectives. L’excellent livre de Carlos GONZALES “Serre-moi fort” explique scientifiquement tout ceci. Nous avons une capacité incroyable qui se traduit par le simple fait de ressentir une émotion. Ceci est tellement naturel que nous ne prenons pas conscience de la richesse et de la valeur de ce pouvoir.

Il est temps d’exprimer ses émotions librement.

Notre société depuis quelques siècles ne veut pas faire d’amalgame entre l’animal et l’humain. Hors les humains sont des mammifères. C’est un fait. C’est peut-être l’heure de la réconciliation et de l’accueil de notre véritable nature. Nous nous distinguons des autres mammifères par une autre forme d’intelligence. Nous sommes semblables en plusieurs points aux autres espèces.

Les deux grandes émotions

Nous ressentons principalement deux émotions l’Amour et la Peur. A ceci s’ajoute en sous catégorie, l’Envie, la Colère et la Tristesse. A ceci s’ajoute encore en sous catégorie une quantité innombrable d’émotions que l’on peut retrouver dans toute la littérature psychologique. J’ai crée une échelle des émotions que vous pouvez trouver dans la page “outils”. A tout cela s’ajoute une faculté incroyable qui est le fait de ressentir ce qu’un congénère ressent et de rentrer en empathie avec lui et/ou d’être compatissant.

Alors pourquoi les humains ont-ils mis en avant les capacités cognitives au détriment des capacités affectives? Comment l’humanité en est-elle arrivée là ? Est-ce que l’on peut répondre à cette question par le fait de la domestication de tous les mammifères ? Nous avons réussi à contrarier la nature profonde de certains animaux domestiqués. Avons-nous aussi été domestiqué au point de perdre l’essentiel ? Ce sont des questions qui peuvent être soulevées. 

Ce n’est pas bien de ressentir, c’est une faiblesse.

Malheureusement ce pouvoir extraordinaire de ressentir ce qu’un autre ressent est depuis longtemps devenu un défaut parmi nos congénères, qui de surcroît peut entraîner une perte de temps dans une société où le temps est si précieux. C’est également assimilé à de la mièvrerie et du sentimentalisme à l’eau de rose. On ne donne pas d’intérêt à ce que l’on ressent, au contraire. Il faut être fort. Etre fort c’est ne rien ressentir. Celui qui ressent ses émotions fait perdre du temps à l’autre. Clairement nous n’avons pas de temps à perdre à gérer les émotions des autres. De ce fait, on nous apprend à ne plus être l’humain mammifère. On nous apprend à ne plus être humain, à être froid, à ne plus ressentir, à garder nos distances, à prendre les émotions comme une faiblesse, un manque d’intelligence, un manque de caractère, de personnalité. Et tout un tas de choses associées à du négatif. On se robotise. Nos émotions sont inadéquates dans cette société. C’est un mal à faire disparaître à faire taire, au lieu d’être un bien fondé.

Jean Liedloff qui a vécu dans une société de peuple premier parle de cet homme qui a souffert le martyr quand il s’est fait arraché une dent devant toute la tribu et qui s’est réfugié comme le font nos enfants, sur les genoux de sa femme pour pleurer. Dans sa société, il est admis et normal d’avoir des émotions et de les exprimer librement. Dans notre société, aucun homme ne pourrait pleurer librement sans avoir un regard rempli de jugement. “Un homme ne pleure pas” par exemple. N’est-ce pas nous déposséder de ce merveilleux pouvoir qu’est le simple fait de vivre nos émotions?

Dans mon cabinet, mes patients, hommes y compris, pleurent devant moi, ils savent qu’ils ne seront pas jugés. Et que se passe-t-il quand ils pleurent ? Ils se libèrent. Ils sécrètent des molécules endorphines tout comme lors d’un immense effort physique que l’on peut trouver en faisant du sport. L’individu est soulagé. Notre corps est une machine incroyablement complexe et bien faite. Grâce à nos émotions on peut s’auto réguler, s’auto guérir, libérer des tensions et se réajuster, se rééquilibrer en permanence dans nos émotions, nos sensations et nos humeurs.

Que se passe-t-il ou plutôt que devrait-il se passer lorsque un humain est présent lorsqu’un de ses congénères vit une émotion ? Et bien nous devrions naturellement être emphatique, se mettre à la place de l’autre et être compatissant. Hors c’est tout l’inverse, nous n’avons pas le droit de pleurer, d’avoir peur, d’être en colère, de désirer à haute voix, ou pire d’être heureux et joyeux. Il est très adapté socialement d’être discret, agréable et si possible de ne rien laisser paraître pour ne pas être taxé de marginal ou de mauvais caractère …

Sauf que les gens souffrent énormément en réalité de ne plus pouvoir être de vrais humains, libres de vivre leurs émotions sans jugement. Ainsi lorsqu’une personne ou un enfant vit une émotion “il faut impérativement Dédramatiser”. Il semblerait que ce soit une question de vie ou de mort, “vite, vite” il faut ramener la personne ou l’enfant à la raison en niant intégralement ce qu’elle ressent. Pour un enfant qui tombe et se fait mal il faut faire comme si on ne l’avait pas vu, on le dénie dans ce qu’il vient de vivre, qu’il se soit fait mal ou pas, c’est le même traitement. Si une personne vient à se plaindre auprès d’un autre adulte, l’adulte qui écoute ne peut absolument pas s’empêcher de donner des conseils et de le faire relativiser au plus vite, d’essayer d’éteindre l’émotion comme si un feu allait se propager à la vitesse d’un vent violent. Il faut vite l’écraser, la faire taire, l’éteindre, voir l’anéantir.

Et si nous, l’on rentrait dans le drame plutôt que de dédramatiser? Mon expérience aussi bien dans mon cabinet que dans ma vie privée m’a montrée qu’une personne accompagnée dans son drame dédramatise toute seule justement parce qu’elle est accueillie. Ecouter une personne dans l’émotion sans parler, c’est faire preuve de compassion. La compassion c’est la guérison de l’âme. La compassion est le plus grand acte d’Amour que l’on puisse offrir à une personne dans l’émotion. Nous en sommes capable, c’est inscrit dans notre nature mais l’on nous désapprend à être compatissant, considérant cette attitude comme étant un comportement inadapté dans notre société. Compatir, c’est rentrer dans le drame de l’autre, c’est l’écouter, c’est le reconnaître intégralement dans ce qu’il est en train de vivre. La personne accompagnée se libère, entendue, écoutée, reconnue, aimée, elle guérit sous nos yeux.

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12 réponses

  1. eric dit :

    Merci Laurence pour ce bel article et j’aime beaucoup l’approche qu’au final nous n’avons que deux émotions l’amour et la peur … et pour ma part je pense que les autres ne sont que des dérivés de ces 2 émotions. Accepter sa souffrance et apprendre à s’en libérer par les émotions est un chemin qui n’est pas facile à prendre et pourtant tellement libérateur … n’avons nous pas tous notre vérité qui n’attend que d’être libérée au fond de nous-mêmes ?
    Merci pour ce partage et au plaisir de lire les prochains articles.

    • Laurence dit :

      Merci pour ta réflexion, oui les deux grandes émotions, le reste n’est qu’un dérivé de ces émotions qui n’ont pas pu être vécues simplement et sereinement!!

  2. David J dit :

    Merci pour cet article sur les émotions, il est vrai que le monde moderne à beaucoup fait changer (et non évoluer) les mentalités. Fort heureusement, il y a des personnes qui travaillent pour remettre de l’ordre dans toute cette incompréhension. Il y a effectivement un sens aux émotions, et d’ailleurs, les animaux en ressentent aussi. Il suffit de voir un animal trembler de peur quand il est en situation désavantageuse. C’est naturel et ça a un sens! C’est un signal, donc oui, vivons pleinement les émotions.

    • Laurence dit :

      Oui je suis absolument d’accord avec toi… si c’est là c’est que ça une raison d’être. Nous allons finir par évoluer en nous acceptant dans ce que nous vivons… merci pour ton retour!!

  3. Miren dit :

    Merci pour cet article très intéressant!

  4. Ton article raisonne fort quand je le lis alors que j’ai accepté de me mettre ”l’étiquette” d’hypersensible dernièrement…se sentir empathique à coté d’autres qui dédramatisent tout le temps, on se sent en décalage il est vrai.

    • Laurence dit :

      Oui c’est super important pour l’humanité de se reconnecter à l’autre en étant empathique dans ce qu’il vit. Et d’arrêter de dédramatiser ce que vit l’autre… merci pour ton retour!!

  5. Vero dit :

    Ce texte illustre si bien le fait que nous nous évertuons à être sympathiques en oubliant d’être juste empathiques. Merci pour ce partage d’expérience et cette invitation à la réflexion.

    • Laurence dit :

      Wahoo c’est très juste ce que tu dis…je ne l’ai pas formulé comme ça mais ça, c’est plus profond d’être empathique réellement que juste vouloir à tout prix être sympathique, parfois superficiel et plus dans la désirabilité sociale qu’une vraie connexion à l’autre…Je garde cette réflexion dans un coin de ma tête… merci pour ça!

  6. WALID dit :

    Je peux affirmer que des émotions, j’en ai ressentie en lisant cet article. Un très beau message, loin d’être simplement des bons sentiments, je suis convaincu de la valeur d’un retour aux sources.

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